Je lis présentement un livre de Brigitte Alepin. Ce livre, intitulé La crise fiscale qui vient (VLB éditeur) nous met en garde face à l’insolvabilité attendue des différents gouvernements occidentaux. Comme je le mentionnais dans ma dernière chronique, les dépenses gouvernementales semblent devenir problématique, en particulier le Régime de Pension du Canada. Mme Alepin voit plutôt le problème du côté des revenus; et la mondialisation comme une cause importante du problème.
Pour que la mondialisation économique soit possible, deux éléments sont essentiels. D’abord, la mobilité des biens et services entre les différentes économies. De nos jours, rien n’est plus évident, avec nos voitures américaines et japonaises, nos télévisions coréennes, nos vêtements chinois et nos oranges chiliennes.
La partie moins visible est la mobilité des actifs. Celle-ci permet à des entreprises de s’établir un peu partout dans le monde peu importe le pays d’origine de l’entrepreneur. La mobilité est parfois bienvenue, comme le pacte de l’automobile facilitant l’implantation des manufacturiers automobiles américains en Ontario; parfois moins bien vue, comme la tentative d’achat de Potash Corp par BHP Biliton un peu plus tôt cette année. Pourtant, encore en 2010, le Canada a investi l’équivalent de près de la moitié de son PIB dans le reste du monde. Comme le démontre le graphique de gauche ci-dessous, ces investissements sont en forte progression depuis 1994.
Le graphique de droite nous montre également un phénomène intéressant : les étrangers investissant au Canada le font dans le secteur manufacturier tandis que les Canadiens investissent dans le secteur de la finance et de l’assurance à l’étranger. Dans les autres secteurs, il semble que l’on ait grosso modo un simple échange d’actifs.
Le point à retenir ici est l’importance de ces échanges d’actifs rendus possibles grâce à la mondialisation. Économiquement, le déplacement de ces actifs devrait se faire là où l’on retrouve ce que l’on appelle des avantages comparatifs; c'est-à-dire la possibilité de pouvoir produire plus efficacement un type de bien ou service. Cette capacité de production peut se baser sur la disponibilité des ressources (pétrole, or), sur les conditions climatiques (produits agricoles, énergie solaire) ou les qualifications des travailleurs (électronique, recherche).
Mais qu’en est-il lorsque les secteurs dans lesquels on est davantage productif ne sont pas à la mode? Le gouvernement peut intervenir pour donner à son économie cet avantage. C’est ce qu’on fait Londres et New York notamment dans le secteur de la finance et a participé à la récession de 2008.
Les richissimes de ce monde ont donc la possibilité dans ce contexte de mondialisation de déplacer leurs avoirs d’un pays à un autre, là où les régimes de taxation sont moins rigides. Ils peuvent ainsi, en toute légalité, éviter de payer de l’impôt dans un pays où pourtant ils exercent une bonne partie de leurs activités.
Les partisans de la théorie de l’individu rationnel diront que les gens voteront « par leurs pieds », c’est-à-dire qu’ils iront dans les pays où les impôts sont plus faibles ce qui forcera ces états à augmenter leur niveau de taxe afin de payer pour les services nécessaires à cet influx de population. La disparité des systèmes de taxation finira ainsi par disparaître.
On est en droit de se demander si c’est réellement le cas. Il est bien connu que les individus sont beaucoup moins mobiles que leurs employeurs. En effet, les gens préfèrent demeurer près de leurs familles, dans le pays ou la région qui les a vus naître. Ajoutez à cela la crise immobilière de 2008 et vous avez la recette gagnante pour avoir une classe moyenne incapable de se délocaliser et obligée de subir les impôts sans réagir.
La classe moyenne réalise de plus en plus sa vulnérabilité face aux impôts du gouvernement. On le voit avec les révoltes en Grèce, les manifestations lors du dévoilement des budgets provinciaux et même récemment aux États-Unis dans certains états. Et quand on entend un gouvernement conservateur qui se propose de diminuer encore davantage l’impôt pour les entreprises, on doit admettre avoir un doute si ce parti est conscient de cette situation. À moins que, comme dirait M. Ignatieff au sujet de la constitution canadienne, les électeurs ne désirent tout simplement pas entendre parler de ce type de problème pour l’instant.
Erratum : Dans ma chronique d’il y a deux semaines sur le RPC, je disais que le régime possédait des actifs de 105 milliards de dollars. Toutefois, je n’avais pas considéré les autres régimes de retraite publics amassant aussi de l’argent. Ainsi, l’ensemble des régimes de retraite publics canadiens géreraient environ 1 100 milliards de dollars, soit environ 36 000$ par Canadien. Autrement dit, chaque citoyen aurait pour environ 6 ans de retraite disponibles via les régimes publics, et non 6 mois. Mes excuses. Cela ne modifie toutefois pas l’analyse disant que le régime devrait pouvoir subvenir à 15 ans de retraite sous sa forme actuelle.
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